« Sans HEMA », « sans TPO » : on lit ces mentions sur les flacons, dans les descriptions produit, parfois en très gros, comme une promesse. Depuis l’interdiction du TPO en Europe, on a aussi vu passer des titres alarmistes sur « la fin du semi-permanent ». De quoi semer le doute au moment de commander son prochain kit.
Rassurez-vous : le vernis semi-permanent n’est pas interdit. Mais les règles ont changé, et ces deux mentions ne veulent plus dire ce qu’on croit. Pour un vernis vendu aux particuliers dans l’Union européenne, l’absence de TPO est devenue une obligation, et celle de HEMA découle aussi de la réglementation. Le vrai sujet se joue désormais ailleurs : dans la façon de poser, de déposer et de surveiller sa peau.
En bref
Le vernis semi-permanent n’est pas interdit. Le TPO, un photoinitiateur classé toxique pour la reproduction, est banni des cosmétiques européens depuis le 1er septembre 2025. Le HEMA, allergisant, est réservé aux produits professionnels depuis 2021. Un vernis vendu légalement pour une pose à domicile ne contient donc ni l’un ni l’autre. Mais « sans HEMA » ne veut pas dire « sans risque d’allergie » : d’autres acrylates restent à la base de ces formules.
Sans HEMA, sans TPO : ce que ces mentions garantissent (et ce qu’elles ne garantissent pas)
Ces deux mentions renvoient à deux ingrédients encadrés par la réglementation européenne sur les cosmétiques. L’un est interdit, l’autre réservé aux professionnels. Et ces règles valent pour tous les flacons vendus dans l’Union européenne : un kit acheté en grande surface comme des vernis à ongles Odass commandés sur le site de la marque.
Le TPO, interdit depuis le 1er septembre 2025
Le TPO (oxyde de diphényl triméthylbenzoyl phosphine) est un photoinitiateur. C’est lui qui permettait à de nombreux vernis de durcir sous la lampe UV ou LED. Classé toxique pour la reproduction, il a été ajouté à la liste des substances interdites dans les cosmétiques par le règlement (UE) 2025/877.
Depuis le 1er septembre 2025, il ne peut plus être mis sur le marché ni vendu dans l’Union européenne, y compris aux professionnels (DGCCRF). Les marques ont reformulé leurs vernis avec d’autres photoinitiateurs : le semi-permanent existe toujours, il a simplement changé de recette.
Shine Tips
Vous avez des flacons achetés avant septembre 2025 ? Jetez un œil à leur liste d’ingrédients. Si vous y lisez « trimethylbenzoyl diphenylphosphine oxide », on vous conseille de ne plus les utiliser, et de demander à votre déchetterie comment les jeter.
Le HEMA, réservé aux professionnels depuis 2021
Le HEMA (méthacrylate de 2-hydroxyéthyle) est un monomère acrylique utilisé dans les gels pour ongles. Son potentiel allergisant inquiète les autorités depuis des années. Depuis le règlement (UE) 2020/1682, lui et le Di-HEMA TMHDC ne sont autorisés que dans les produits pour ongles destinés aux professionnels.
Ces produits doivent porter deux mentions : « Pour un usage professionnel uniquement » et « Peut provoquer une réaction allergique ». Autrement dit, un vernis conçu pour être posé à la maison ne devrait pas contenir de HEMA.
Pourquoi « sans TPO » n’est plus un argument
Quand un ingrédient est interdit, tous les produits vendus légalement en sont dépourvus. Mettre son absence en avant revient à vanter le respect de la loi. C’est pour cette raison que la DGCCRF juge non admissible une allégation « sans » portant sur une substance interdite (DGCCRF).
Pour le HEMA, la logique est proche dès qu’il s’agit d’un produit destiné aux particuliers. Ces mentions vous informent, mais elles ne distinguent pas un bon vernis d’un autre. Pour vos ongles, la façon de poser et de déposer compte aussi.
Le vrai sujet : l’allergie aux acrylates
Une fois le TPO et le HEMA écartés, le principal point de vigilance reste l’allergie de contact aux (méth)acrylates. Ce sont eux qui forment la base de tout vernis semi-permanent.
Comment on devient allergique
Un semi-permanent est un polymère acrylique pigmenté. Le point de vigilance majeur, c’est le contact de la peau avec le produit non durci. D’où deux réflexes : éviter les débordements, et respecter les conditions de durcissement prévues par le fabricant, avec une lampe compatible. Un vernis qui paraît dur n’est pas, à lui seul, la preuve qu’il a suffisamment durci.
Un dermato-allergologue du CHU de Lille, interrogé par l’UFC-Que Choisir, observe de plus en plus de cas chez des consommatrices qui posent elles-mêmes leur vernis, et plus seulement chez les professionnelles. Et l’enjeu dépasse la manucure : des patientes sensibilisées par des kits d’ongles ont refait une réaction lors de soins dentaires utilisant des acrylates.
Les signes qui doivent vous alerter
- Démangeaisons, rougeurs ou eczéma autour des ongles.
- Picotements ou fourmillements au bout des doigts.
- Plaques sur d’autres zones touchées avec les doigts, comme le visage.
Dans ces cas-là, on arrête les poses et on consulte un dermatologue. Des tests cutanés permettent de rechercher une allergie aux acrylates. Si elle est confirmée, pensez à la signaler à votre dentiste.
Shine Tips
Un peu de produit a débordé sur la peau ou la cuticule ? Retirez-le tout de suite, selon le protocole du fabricant et sans l’étaler, avant de passer sous la lampe.
Bien choisir son semi-permanent pour la maison
Puisque « sans HEMA » et « sans TPO » sont devenus la base, c’est sur d’autres détails qu’il faut faire son choix.
Ce que l’étiquette doit vous dire
- « Pour un usage professionnel uniquement » : ce flacon n’est pas fait pour une pose à la maison, même s’il est vendu en ligne.
- « Peut provoquer une réaction allergique » : c’est la mention qui accompagne les produits contenant du HEMA.
- La liste des ingrédients : « sans HEMA » ne veut pas dire « sans acrylates ». Vous y trouverez d’autres (méth)acrylates, c’est normal.
- L’origine : les cosmétiques achetés sur des sites hors d’Europe ne respectent pas forcément les règles européennes.
Base, couleur, top coat et lampe : jouez la cohérence
Base, couleur et top coat sont pensés pour fonctionner ensemble, et leur durcissement dépend de la lampe. Chaque marque indique en général le type de lampe et le temps d’exposition prévus. Mélanger les produits de plusieurs marques, c’est prendre le risque d’une pose qui durcit mal ou qui se soulève.
Si vous débutez, un kit complet d’une même marque simplifie les choses. Odass, par exemple, indique un réglage de lampe pour chaque étape (base, teinte, finition).
Shine Tips
Notez le temps de lampe indiqué par la marque sur un post-it collé à votre lampe. Quand on est pressée, on a tendance à raccourcir ; or un vernis qui paraît dur n’a pas forcément assez durci.
Pose et dépose : les gestes qui protègent vos ongles
La formule compte, mais les gestes aussi. Une préparation trop abrasive, un produit mal durci ou une dépose forcée peuvent fragiliser les ongles. Chaque étape mérite donc un peu d’attention.
Pendant la pose
- On part d’un ongle propre et sec, sur une peau intacte. En cas de petites plaies ou d’irritation autour de l’ongle, mieux vaut reporter.
- On applique des couches fines, en restant à distance de la cuticule.
- On respecte le temps de lampe indiqué, avec une lampe compatible, sans le raccourcir.
Si la question des lampes UV vous travaille, on a fait le point sur le semi-permanent et le vieillissement des mains.
La dépose, le moment de prendre son temps
Gratter, poncer ou arracher le vernis pour aller plus vite peut abîmer l’ongle. La méthode la plus courante reste le trempage : des cotons imbibés de dissolvant à l’acétone, enveloppés de papier aluminium, pendant une quinzaine de minutes. Certaines formules sont toutefois prévues pour un dissolvant sans acétone : suivez la méthode indiquée par la marque de votre vernis.
L’acétone dessèche l’ongle : on hydrate juste après. Si vos ongles deviennent mous, douloureux ou très amincis, faites une pause. Pour le pas-à-pas, retrouvez notre tuto pour enlever son vernis gel à la maison.
Shine Tips
Votre vernis se retire au dissolvant et il résiste ? Ne forcez pas : remettez un coton imbibé quelques minutes de plus plutôt que de gratter.
Les pauses : l’ongle abîmé ne se répare pas, il repousse
L’ongle est fait de kératine qui ne se régénère pas : une zone amincie ou dédoublée doit repousser pour disparaître. Or un ongle de main pousse en moyenne d’environ 3,5 mm par mois. Il faut donc plusieurs mois pour retrouver un ongle entièrement neuf.
Il n’existe pas de durée de pause officielle. Ce qui compte, c’est de ne pas enchaîner les poses sans interruption, surtout si vos ongles deviennent mous, fins ou cassants. Profitez des pauses pour nourrir ongles et cuticules avec une huile ou un soin adapté, et pour observer ce que vos ongles disent de votre santé.
Quand demander un avis avant de poser ?
Une peau abîmée autour de l’ongle, une maladie des ongles comme le psoriasis ou le lichen, une réaction passée aux acrylates : dans ces situations, demandez l’avis d’un dermatologue avant toute pose. Enceinte, ou pour une ado, lisez bien la notice et parlez-en à votre médecin en cas de doute : certaines marques réservent leurs semi-permanents aux adultes.
Le mot de la fin
« Sans HEMA ni TPO » sur un flacon de semi-permanent pour la maison, c’est le minimum attendu en 2026, pas un bonus. Pour garder de jolis ongles sur la durée, vos gestes comptent aussi : un gel qui ne touche pas la peau, une dépose patiente, et des pauses quand vos ongles les réclament.
FAQ
Non. Ce qui est interdit depuis le 1er septembre 2025, c’est le TPO, un photoinitiateur classé toxique pour la reproduction, dans tous les cosmétiques vendus dans l’Union européenne. Les marques ont reformulé leurs vernis avec d’autres photoinitiateurs. Vous pouvez donc toujours porter du semi-permanent, en institut comme à la maison, avec des produits conformes et une pose soignée.
Ces produits ne peuvent plus être vendus, ni utilisés par les professionnels. Pour un usage personnel, la prudence s’impose : le TPO a été interdit parce qu’il est classé toxique pour la reproduction. Vérifiez la liste d’ingrédients de vos anciens flacons. Si vous y trouvez « trimethylbenzoyl diphenylphosphine oxide », mieux vaut ne plus les utiliser et demander à votre déchetterie comment les jeter.
Non. Le HEMA fait partie des acrylates les plus surveillés, mais un semi-permanent reste un polymère acrylique. D’autres (méth)acrylates entrent dans sa composition et peuvent, eux aussi, provoquer une allergie de contact. Le risque diminue quand le gel liquide ne touche pas la peau et qu’il durcit complètement. En cas de démangeaisons ou de rougeurs autour des ongles, consultez un dermatologue.
La méthode la plus courante reste le trempage dans un dissolvant à l’acétone, avec du coton et du papier aluminium, pendant une quinzaine de minutes. Certaines formules sont toutefois conçues pour partir avec un dissolvant sans acétone. Dans tous les cas, suivez la méthode indiquée par la marque, ne grattez jamais et hydratez l’ongle ensuite.
Il n’existe pas de durée officielle. L’essentiel est de ne pas enchaîner les poses sans interruption, surtout si vos ongles deviennent mous, fins ou cassants. Un ongle de main pousse d’environ 3,5 mm par mois : une zone abîmée met donc plusieurs mois à disparaître. Profitez des pauses pour nourrir ongles et cuticules avec une huile ou un soin adapté.

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